Zadigacité et sérendipité innovationnelle

 
1954. John Boyd (USAF) découvre le cycle OODA et, 1974, initie le F-16 Fighting Falcon
 

F-16 Fighting Falcon

L'histoire

1954. La guerre de Corée se termine en apothéose pour l'Armée de l'air américaine. 700 victoires en combat aériens pour seulement 70 Sabre abattus par les MiG-15 soviétiques utilisés par les forces nord-coréennes. Un ratio de 10 à 1.
Un jeune pilote de l'air, le capitaine John Boyd, est interpellé par le côté anormal, stratégique, de cette statistique. Le Mig-15 soviétique est plus rapide et mieux armé que le F-86 Sabre de North American.
Il abduit — déduit intuitivement — que le Sabre est supérieur au Mig-15 parce qu'il est plus agile et permet à son pilote, par la vision plus large et la douceur de ces commandes, d'anticiper les anticipations du pilote ennemi.
Simple capitaine de trente ans, il développe la théorie de la boucle stratégique OODA (Observe-Oriente-Decide-Act) comme devant présider à la refonte de la stratégie de l'armée de l'air américaine et à la conception de ses intercepteurs.
Il s'agit d'être non pas le plus rapide, mais le plus agile (not faster, but quicker).

Le moment de zadigacité
Ce qui compte ce n'est pas d'être plus rapide que l'autre, mais d'être plus agile que lui et d'anticiper ses anticipations.
Mig 15   Combat  
dogfight
Le Mig-15 soviétique
Le F-86 Sabre
Un ratio
de victoire
de 10 à 1
John boyd
 
John Boyd
  Boucle OODA   YF-16
Le pilote
Le théoricien
La boucle OODA
Le prototype
YF-16
L'exploitation

Il lui faudra 20 ans pour voir triompher ses théories avec le F-16 Flying Falcon.

En 1972, à la suite des énormes dépassements de crédit entraînés par le programme F-15 Eagle de McDonnell, l'Armée de l'air des États-Unis décide d'explorer les possibilités de concevoir un avion de chasse plus petit et moins cher. Elle charge deux constructeurs, dont General Dynamics, de se livrer à ce qui n'était pour elle qu'un exercice de style. Elle n'avait aucune intention de mettre un tel avion en service.
General Dynamics reprend les théories de John Boyd et présente le GD 401, construit à deux exemplaires, qui vole pour la première fois début 1974. C'est un gadget, un avion monoréacteur, qui n'a aucune stabilité naturelle, dans lequel le pilote est allongé — ce qui lui permet d'encaisser jusqu'à 9 g en virage prolongé — sous un immense canopy. Le pilotage se fait par joystick à main droite. Rien n'a été fait pour que l'avion soit très rapide : vitesse maxi Mach 2.
Toujours aucune intention de le produire en série. Ce n'était qu'un concept-plane destiné à rejoindre le grand cimetières des avions morts-nés.
Des observateurs de petits pays étrangers s'intéressant malgré tout par hasard à ce prototype pas cher, agile, bien armé, General Dynamics le développe un peu et présente en 1975 une version opérationnelle. Bingo ! Cinq mois plus tard, la Belgique, le Danemark, la Hollande et la Norvège passent commande.
En 2000, General Dynamics est repris par Lockheed Martin. Le F-16 Fighting Falcon s'est vendu à plus de 4.500 exemplaires (dans des versions constamment améliorées)
Son concurrent direct, le Mirage 2000 de Dassault ne s'est vendu qu'à 600 exemplaires.

Les leçons à en tirer
Le corps des US Marines reprendra son concept d'agilité en 1990 dans son règlement de manœuvre.
©2013 Jean-Louis Swiners
Dernières modifications de la page : le 11 décembre 2013
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